lundi 5 novembre 2012

Exposition de dessins - Dominique Spiessert


Galerie Oz'Art - 7 rue des bons enfants - 37000 Tours

Le temps offrait son siècle à la poussière pour une histoire encore inconnue. On ne savait jamais de quoi demain serait fait, le temps glissait de rue en rue en chef d'orchestre, maître des rêves aux croisements de pensées orphelines.
Car dans les esprits roulaient sans interruption une mécanique huilée de graisse et d'os, tellement complexe qu'il était impossible de se soumettre à l'arrêt. Pas même une pause. Malgré la volonté, ou un effort de concentration heureux. L’enchaînement des errances en roue libre trouvait pourtant grâce parfois dans une trêve imprévue, dans un champs de coton, ou certains soirs quand les nuages lourds mettaient bas des flocons fondant sur le bout des langues tendues.
La route était gravée sur des parchemins appris de tête et de coeur dès le berceau. Le rythme commun consistait à courir les rues, battre la campagne, fendre les flots, un savoir-faire transmis par l'empreinte de l'ange. C'était sans aucun doute un moyen joyeux d'encrer ses peurs dans sa plus belle burla.
En mémoire des âmes perdues, une étoile rouge fichée sur la poitrine identifiait les hommes en fusion. Ce qui les différenciait des autres, la multitude qui ne se sentait pas encore prête, celle qui disait encore "Les souris dansent ! Les rats quittent le navire !" Le monde volcanique interrogeait et aspirait l'oeil. L'art de la marge n'y était pas pour rien. Ceux qui auraient aimé venir au monde un chapeau sur la tête mais qui n'étaient pas nés tout habillés avaient des étoiles dans les yeux dont peut-être un jour quelqu'un voudrait.
Les soirs de veillées on rongeait les mots devenus inutiles, et on sortait, toute vibrisse dehors. Un monde comme une fête était alors possible en un claquement de doigts. On agitait des serpents dans des cornets à dé, des bidules tintinnabulaient dans les cervelins enchevêtrés. Les femmes dévoilaient une ou plusieurs cibles sous leurs vêtements de plume, fixant les loups les dévisageant de leurs orbites impénétrables.
Puis on revenait dormir dans une orange, ou un trou de terre, un lieu sûr. Au petit matin un choeur d'oiseaux décrochait la lune pour laisser voir venir le jour. Le pacte entre les deux astres était clair depuis des millénaires, il avait consisté à approuver ces mots : "Jamais vous n'avez souhaité connaître et provoquer l'enfer. Témoignez de jour comme de nuit". L'un et l'autre avaient dit oui et l'histoire avait pu commencer.
Une fois que les lèvres auraient embrassé la ville entière, on pensait que peut-être un nouveau monde pourrait advenir par l'effet d'une soudaine marée haute dans les entrailles. Mais celui-ci était encore si neuf et foisonnant qu'on y courait encore. Les anciens répandaient leurs croyances et leurs désirs et après toute fin irrémédiable, d'autres revenaient pour la relève à dos de grue. "Faut-il apprendre à finir ? " bruissaient les feuilles fraîchement rassemblées avant l'incendie. "Non il faut apprendre à vouloir encore, à oser encore. Espérer toujours" soufflait le vent. Et les feuilles parlaient aux branches qui parlaient aux arbres qui parlaient aux animaux qui parlaient aux hommes. De manière classique et entendue les bègues distribuaient leurs béguins dans de longs échos répétés. Quand c'était quelqu'un de bien ça se voyait rien qu'à ses yeux. Immenses. Certains étaient restés à l'état de vers de terre, ce qui leur plaisait beaucoup. Les autres se tenaient sur une balançoire la tête en bas tendant un doigt vengeur qui voudrait allumer le soleil dans la république des arts rois.    

















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