jeudi 12 mai 2011

Pierrot six heures du matin

Pierrot lunaire sur la pointe des pieds passe son buste par la fenêtre, pose un doigt blanc au loin sur une terre ocre et chaude. Sous ces yeux précoces et entre ses mains s'étire un pistolet rose fluo pour le côté sublime des choses. Aux aguets, aux abris, aux abois. Pierrot attend. Sur la corniche les pétales rouges bégonia s'esclaffent de ce spectacle :
“Il se pourrait qu'il piétine ! Pire qu'une pitié !”
Elles minaudent :
“Pierrot, Pierrot, Pierrot...”
Et le coeur de Pierrot fait des ballerines.

Et pendant qu'on le regarde, c'est sûr, quelque part un sourd dîne dans une caverne, dans une savate de chez Boccherini, dans la maison du diable, toute chair humaine pendue aux fenêtres et même au diapason. Quelque part encore des canapés se grisent, la moleskine trinque, une fois deux coups,
des langues serpentent dans des failles de blessures divines, des verves s'entrechoquent sur chaque grande place et mercato : " Alleluïa diaspora mia !" Imaginez la bringue, toute braguette ouverte, ici on paye content. Mais ici Pierrot attend.

“Anne ma soeur Anne ne vois-tu rien venir ?”
Anne hausse des épaules grasses et coche le fouet, tiens le rouet, se remet au travail, tout de même plus qu'une heure, c'est pas une vie d'être une femme. “Rien rien. Je ne vois que le lavis lavasse fada”

“Anne ma soeur Anne ?” supplie Pierrot
“Je ne vois que semis chemin faisant graines dorénavant”
“Et moi, et moi et moi ?” se lamente Pierrot. 

Sa bouille dévitalisée ronde et pâle s'incline.
“Ils arriveront bientôt Pierrot. Pieds fourchus ils viendront. Prendre une écuelle et un bouton, un effet de manche et une balayette et faire sonner le tiroir caisse. C'est un vaurien titubique qui me l'a dit ce matin.”

Pierrot secoue la tête las, ses pieds rentrent sous terre, son corps se heurte à la pierre. 

“On ne m'y reprendra plus à sortir un samedi à l'aube”

  

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