mercredi 5 octobre 2011

Le Juif errant

 A Arthur Rimbaud

Le Juif errant est parti le jour où du pied du pommier lui sont apparues l'étoile de l'Andalousie et les cinq fleurs de Bacchus.
On jouait de la guimbarde en Yakoutie, Rome se construisait dans le ventre d'une louve, sur les terres bouillantes de la Solfatare on y dansait d'hérésie.
A midi aux moulins rouges, le soir aux enfants terribles, le Juif errant suivait les comiques et les tragiques. Ne disant rien, pensant au temps, mais dans s
on coeur sonnaient les moissons, l'appelait l'horizon. 

Aux serpes de Floride des flammes se sont démasquées, des boucles bleues bruissaient, mille langues rouges murmuraient. Sur une terre de cendre s'étendaient des corps de femmes calcinés.
Vint au bout de la terre l'océan, les mers du sud d'où jaillissent le Wasserfall qui monte et les maisons qui s'encoquillent sur un humble bout de monde.
 
Le corps aiguillé à la poupe, défiant les parfums exotiques, il naviguait de rêves en rêves dans les astres des sextants. Les jours passaient, la mer ne cessait. La terre de tous côtés s'effaçait. La roue du jour et des nuits tournait.   Le Juif errant attendait en langue romane. 

Le jour des eaux mortes pointa sans lune ni soleil à l'horizon à travers cette brume qui ne se dissipe plus. Les torches du tombeau brûlaient les flots. Lentement, lentement, le Juif errant, le navire, s'offrirent à la terre ressurgie.
Mille boucles bleues bruissaient. Mille langues rouges murmuraient.

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