jeudi 21 juin 2012

Sans-papiers

Les poètes sont des sans-papiers qui s'en vont sans un souune plume d'or pour seule richesse. Ils ne disent ni plus haut ni plus bas, à peine un chuchotement. Leur instrument porte mille voix dans le secret d'une main chaude.
En silence ils balancent des mots au bout de leur cendre, griffent quelques rimes sur un livre pauvre qu'un vent chiffonne. On croirait voir des coeurs de pierre debout près du comptoir, enfoncés dans leurs vieilles habitudes de ne pas parler.
Les marquises sortent à cinq heures quand ils marchent toujours, leur muse sous le bras ou dans la cible du coeur. Ils marchent au milieu des containers et des grues de chantier. Ils errent dans ces lieux désertés où se nichent des histoires, dans ces terrains-vagues de leur enfance où des bombes de vingt ans paraphent leurs vers sur les murs des immeubles éventrés. 
Des tapisseries bleues où flottent des bateaux sont leur ciel.

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