jeudi 10 mai 2012

A la belle étoile

Je suis arrivée trop tôt à la belle étoile. Les arbres dormaient encore. Les vieilles maisons sortaient du froid. J'allais j'allais vers le village.
Un accordéoniste expirait dans un bas-côté, j'avais lâché une pièce à ses pieds et l'air m'accompagnait jusqu'à l'invisible. 

J'avais rencontré aux abords de la ville une chorale d'estropiés, tous riants hurlants prêts à bondir sur les secrets des grands chemins. On peut les entendre encore galoper sur le plancher de nos démences. 
Il y avait eu des pré verts que j'avais foulé à rebours. Des corbeaux qui avaient guetté les errants pour les cerner d'un oeil de vitre à en glacer les sangs. J'avais quitté tous les phares de la ville. J'avais quitté ce pays où les voitures vont et viennent tenues en laisse, où les chiennes couvent au fond des garages. Les roues d'aciers passaient et repassaient. Je finissais par me perdre dans mes pensées. Je n'entendais plus rien à ce qu'on enterrait. Sous un soleil de plomb dans l'aile je me suis tue pour parler encore.

En entrant dans ce village le seul visage découvert portait des rêves de pierre et gardait des pensées à double tour, la tête penchée sous une couronne d'épine. 
Depuis que je marchais, depuis que j'avais quitté la ville, quand la nuit venait, je savais qu'il ne fallait pas dormir au risque de glisser trop bas ou de céder ses oreilles aux serres des corneilles. Seulement tenir à soi ses feuilles blanches entre les arbres. Et dormir en haut, toujours en haut, de là, je me tenais aux aguets.

Il fallait voir ça. 
Cette vue d'ici. Je pouvais voir tout entier le temps s'effriter sur les pores des pierres, dans le creux des cascades, sur les regards creusant la vague dans un mur de marbre. Et plus loin là-bas, c'était peut-être Zangra, ou Quichotte, ou l'indomptable jumeau, ou le dragon impétueux, ou la poussière seulement qui se soulevait. Je passais une nuit sans sommeil dans ce nid de paille et de plume, de fer et de papier.





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